top of page
  • Photo du rédacteurLéa-Claude Yoga

Ça aussi ça passera

Il était une fois, un roi qui dit aux sages de la cour :


- Je suis en train de me fabriquer une belle bague, j'ai obtenu l'un des meilleurs diamants possibles. Je voudrais cacher à l'intérieur de la bague un message qui pourra m'aider dans des moments de désespoir total, et qui aidera mes héritiers et les héritiers de mes héritiers, pour toujours. Il faut que ce soit un tout petit message pour qu'il tienne sous le diamant de la bague.


Tous ceux qui écoutaient étaient de grands savants, des érudits ; ils auraient pu écrire de grands traités, mais lui donner un message de deux ou trois mots au plus qui puisse l'aider dans un moment de désespoir total ? Ils pensèrent, ils cherchèrent dans leurs livres, mais ne trouvèrent rien. Le roi avait un vieux serviteur qui était, auparavant, le serviteur de son père. Il le traitait comme s'il faisait partie de la famille. Le roi avait un immense respect pour le vieil homme alors il le consulta et ce-dernier dit :


- Je ne suis ni un sage, ni un érudit, ni un universitaire, mais je connais le message. Au cours de ma longue vie au palais, j'ai rencontré toutes sortes de gens et, une fois, j'ai rencontré un sage. Il était l'invité de ton père et j'étais à son service. Alors qu'il partait, en signe de gratitude, il m'a donné ce message.


Le vieil homme l’écrit sur un petit morceau de papier, le plia et le donna au roi.


- Mais ne le lis pas, lui dit-il.

- Garde-le caché dans la bague. Ouvre-le uniquement lorsque tu sentiras que ton monde s’effondre et qu’il n’y a aucune porte de sortie.


Ce moment ne s'est pas fait attendre. Le pays fut envahi et le roi perdit le royaume. Il fuyait sur son cheval pour se sauver et ses ennemis le poursuivaient. Il était seul et les poursuivants étaient nombreux. Il arriva à un endroit où la route se terminait, il n'y avait aucun moyen de sortir. En face se trouvaient un précipice et une profonde vallée. Tomber dedans serait la fin. Il ne pouvait pas revenir parce que l'ennemi lui barrait le chemin. Il entendait les chevaux au trot qui s'approchaient. Il ne pouvait pas continuer. Soudain, il se souvint de la bague. Il l'ouvrit, sortit le papier et y trouva un petit message extrêmement précieux. Il disait simplement :


"Ça aussi ça passera"



En lisant « Ça aussi ça passera », il sentit un grand silence planer sur lui. Les ennemis qui le poursuivaient durent se perdre dans les bois ou se tromper de chemin, mais peu à peu il cessa d'entendre les chevaux.


Le roi était profondément reconnaissant au serviteur et au sage inconnu pour ces mots miraculeux. Il plia le papier, le remit dans l'anneau, rassembla ses armées et reconquit le royaume.


Le jour où il rentra à nouveau victorieux dans la capitale, il y eut une grande fête avec de la musique, de la danse, et il se sentit très fier de lui. Le vieil homme était à côté de lui dans la voiture et lui dit :


- Cette fois est aussi appropriée, regardez à nouveau le message.


- Que voulez-vous dire? demanda le roi. Maintenant je suis victorieux, les gens célèbrent mon retour, je ne suis pas désespéré, je ne suis pas dans une impasse.


- Écoutez, dit le vieil homme, ce message n'est pas seulement pour les situations désespérées, il est aussi pour les situations agréables. Ce n'est pas seulement pour quand vous êtes vaincu, c'est aussi pour quand vous vous sentez victorieux. Ce n'est pas seulement pour quand vous êtes le dernier, c'est aussi pour quand vous êtes le premier.


Le roi ouvrit l'anneau et lut le message : « Ça aussi ça passera » et de nouveau il ressentit la même paix, le même silence ; il comprit la profondeur du message. Alors le vieil homme dit :


- N'oubliez pas que tout passe. Rien ni aucune émotion n'est permanente. Comme le jour et la nuit. Il y a des moments de joie et des moments de tristesse. Acceptez-les comme faisant partie de la dualité de la nature car ils sont la nature même des choses.

Fin

Le non-attachement ne signifie pas de ne jamais être ébranlé par la vie. Ça signifie plutôt d’être profondément affecté par la vie, sans toutefois se sentir pris. Ça signifie d'embrasser le désespoir de la même façon qu'on accueille le bonheur.









Comments


bottom of page